• Poésie

    Poésie

    Le bâteleur

    Approchez, Mesdames et Messieurs,

    Funambule ébloui

    par les lueurs de l’aube,

    j’ai dansé sur le fil

    du tranchant horizon.

    Cette lame acérée

    qui lacère l’azur

    n’a point égratigné

    la plante de mes pieds.

    Trapéziste enjoué,

    me riant de l’espace,

    j’ai voltigé cent fois

    de nuage en nuage,

    me rétablissant aux

    chevelures des anges.

    Cette ronde éthérée

    n’a point escamoté

    ma terrienne candeur.

    Otarie, j’ai nagé

    dans l’océan magique

    des illusions perdues,

    espoirs évaporés

    et boule sur mon nez,

    une larme a coulé.

    Poète, j’ai jonglé

    dans l’univers limpide,

    lançant à demi-mot

    des non-dits frémissants,

    aveux étourdissants,

    qui sont tous retombés

    dans ma paume glacée.

    Cette haute voltige

    n’a point édulcoré

    l’encre de mon stylet.

    Approchez, Mesdames et Messieurs ...

    Il me reste à dresser

    l’animal apeuré

    qui, au fond de nos coeurs,

    nous empêche d’aimer.

  • Un étrange instant,

    entre passé et avenir.

    La sève, frappée dans son élan,

    chute instantanément.

    Retour à la terre,

    aux sombres hiers,

    fin des espoirs vivifiants,

    place aux morts-vivants

    qui vont, seuls, s'enterrer,

    fuyant le ciel obscur

    que la lumière a déserté.

    Novembre,

    hors de l'espace et du temps,

    comme un renoncement.

    Chaque feuille,

    parée de ses  plus beaux atours,

    se meurt soudain,

    dépourvue d'amour.

    Des squelettes sylvestres,

    déprimés, dévêtus,

    composent avec le vent

    la mélodie glaçante

    du désenchantement.

    Novembre,

    est-ce juste un passage

    ou une fin en soi,

    ce temps des défunts

    est-ce la fin d'un rêve,

    du rêve des vivants

    qui, contraints à se taire,

    faiblissent et se terrent?

    Pourtant, la vie est là,

    plus loin, plus bas,

    et résurgence, résilience,

    dans la brume glacée

    d'un matin de novembre

    danse une fragrance sucrée

    porteuse d'un espoir

    qu'on ne peut ignorer.

     


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  • Peut-on être,

    être soi, ou pas,

    éternel errant

    parmi les vivants.

    Etre encore un être,

    qui, brisé, abattu,

    rêve d'enfin être,

    loin des temps révolus.

    Peut-on être

    quand un mal être

    nous fige et nous retient

    dans les lises du non-être,

    dont, hélas, on se souvient.

    Comment être vivant,

    loin des enchantements

    qui, de nos cœurs d'enfants,

    ont fait sables mouvants.

    Emouvants instants

    qu'on aime et qu'on rejette.

    Comment être vivant

    dans cet instant présent,

    chérir la main qui tue

    et mourir, éperdu,

    puis renaître en criant:

    Je suis vivant!

    Peur-être.....

    ou pas......


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  • A l'eau, à l'eau...

    y a-t-il quelqu'un,

    quelqu'un qui m'entend,

    au bout du fil du temps?

    M'entendez-vous,

    vous, les errants,

    fantômes du passé,

    à jamais trépassés?

    A l'eau, à l'eau...

    Dans les eaux de ma mère

    qui s'écoulent soudain,

    se dessinent mes guerres,

    mon douloureux chemin.

    A l'eau, j'ai bu la tasse,

    gobé jusqu'à la lie,

    les aromes tenaces

    me hantant chaque nuit.

    A l'autre bout du fil

    mais qui donc est celui

    dont le joyeux babil

    me dessine une vie?


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  • De bruits et d'orgues,

    de chants et de sirènes,

    d'autant de rire et morgue,

    c'est la vie que je mène.

    De fracas assourdis

    par la gangue du temps,

    de rêves assoupis

    qui pèsent tellement.

    Et pourtant, je n'ai cure

    des désenchantements,

    si longtemps que perdurent

    tous mes rêves d'enfant.

    Au cœur de l'humain gît

    un étrange pouvoir

    qui le maintient en vie

    dans la nuit la plus noire.

    Je vis, je crie, je peins,

    je dessine et je crois

    qu'il n'est qu'un seul chemin

    et une seule voie

    qui te mène à ton être,

    qui te conduit à toi,

    la où brille la flamme

    de l'éternelle joie...

     

     

     


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  •  

    Il est un grand mur blanc

     

    où se brisent tes rêves,

     

    un espace entre-temps

     

    quand, gisant sur la grève,

     

    tu hurles sans espoir,

     

    sans âme et sans envie,

     

    au sein d'une nuit noire

     

    qui, soudain, t'envahit.

     

    Il n'est plus rien autour

     

    plus rien à l'intérieur

     

    et plus aucun amour

     

    ne chante dans ton cœur.

     

    Tu marches à pas comptés,

     

    encore quelques-uns,

     

    le grand fleuve Léthé

     

    te dessine un chemin.

     

    Ecoute, tu n'es plus,

     

    entends, tu n'es plus rien

     

    qu'un fragile fétu

     

    dans le flot du destin

     

    et tu coules, dissous,

     

    dans l'onde qui t'emporte

     

    lorsque, soudain, un fou

     

    glisse un mot sous ta porte.

     

    Il a écrit: « Je suis,

     

    ensemble nous nageons

     

    plus loin que l'infini

     

    vers un monde sans nom,

     

    univers à venir

     

    et sans doute à créer

     

    que nous ferons fleurir

     

    aux franges du passé.

     

    Il est un grand mur blanc

     

    où se gravent tes rêves,

     

    un espace d'autre temps

     

    où ta douleur s'apaise.

     

    Dans l'étrange fréquence

     

    de ce fragile instant

     

    vibre l'ultime chance

     

    de te sentir vivant.

     

    Il est un grand mur blanc.

     

     

     

     

     


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