• Le vol du harfang.

     

    Auréolé de son plumage blanc aux reflets argentés, longues pennes

     

    pliées, rémiges dans le vent, il attend.

     

    Son regard irisé aux doux reflets dorés fixe l'horizon, sans haine ni passion.

     

    Mais ses yeux sont striés de sombres raies, ombres des barreaux de sa cage.

     

    Car il est enfermé, le harfang, et cela depuis qu'il est né. Né en captivité et

     

    prisonnier, déjà, avant de voir le jour.

     

    Ses ongles sont crispés sur son perchoir miteux fait de bois vermoulu, deux

     

    planches en croix, clouées et ancrées dans le sol.

     

    Tel est son univers, et, été comme hiver, il demeure impassible.

     

    Dans l'autre cage, au-delà de ses barreaux, évoluent des passants. Certains

     

    passent et repassent et s'arrêtent un instant . Ils tournent en rond et reviennent

     

    souvent.

     

    Les uns s'écrient : «  Qu'il est beau ».

     

    D'autres l'interpellent : «  Ohé, regarde-moi » .

     

    L'un d'eux, parfois, croyant croiser son regard, l'interroge : « A quoi penses-tu ? »

     

    Mais il ne pense pas, le harfang.... Il vole !

     

    Lui, qui n'a jamais appris à voler, s'est connecté à la mémoire collective des

     

    emplumés.

     

    Et il vole.

     

    Ses grandes ailes déployées, posées sur celles du vent, il parcourt les immensités

     

    des terres enneigées dont son âme a rêvé.

     

    Il plane et se laisse porter. Pas de vol battu. Oh, non. Juste un doux vol plané

     

    sur des déserts glacés.

     

    La bise qui le grise danse avec ses rémiges une ronde endiablée que ses pennes

     

    dépliées s'en vont exacerber.

     

    Et, non, vous n'avez jamais vu le harfang. Juste son apparence, figée dans

     

    l'espace et le temps.

     

    On peut briser ses ailes pour le déséquilibrer, l'empêcher de voler, ou fixer à

     

    sa frêle patte une chaîne dorée... Tout n'est que vanité.

     

    Si voulez voir le harfang, le voir vraiment, cherchez-le ailleurs, dans l'intensité

     

    bleutée de ses folles errances.

     

    Et quand une ombre, sous vos pas, dessinera la courbe de son aile... levez

     

    les yeux. Il sera là.

     

    Mon poème: " Le vol du harfang " dédié à tous ces merveilleux oiseaux privés de leur liberté....  

     


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